Je sais exactement quand cela a commencé.
Il faisait chaud, une belle journée qui marquait le début de l'été. Mes lunettes de soleil sur le nez je rejoignais Marie à la terrasse d'un café où nous avions l'habitude d'aller le samedi matin. Les talons de mes chaussures claquaient sur le pavé, la rue était presque déserte, pourtant j'avais l'impression que les conversations des quelques passants résonnaient dans ma tête. À peine 10h30 et déjà de mauvaise humeur avec l'impression d'avoir une gueule de bois de tous les diables. Ce début de week-end s'annonçait prometteur... un début de grippe, des révisions pour les épreuves de socio de la semaine suivante et une soirée entre amoureux.
La tête me tournait un peu, mais j'arrivais tout de même au café sans encombres. Marie m'y attendait déjà, je m'assis alors à côté d'elle, lui racontant les nouvelles de la semaine. Je commandais un verre de jus d'oranges, un café noir et des croissants à notre serveur préféré Christophe qui nous appelait maintenant par nos prénoms. Ma tête bourdonnait, Marie était allée se rafraîchir et je me retrouvais seule à la terrasse, ma vision se brouillait. Je fermais les yeux espérant que ces quelques secondes d'obscurité les reposerait suffisamment. Christophe arriva le plateau chargé par ma commande, il passa rapidement entre les tables et déposa le jus d'orange puis le café en en renversant quelques goûtes. Des cris et des insultes, des gens autour de nous qui s'agitaient, je ne comprenais pas ce qui était en train de se passer. C'était moi qui hurlait sur Christophe pour quelques goûtes de café qui étaient venues éclabousser ma robe, j'étais consciente de tout, en spectatrice impuissante je me voyais le menacer d'aller me plaindre à son patron, j'étais terrifiée, ne comprenais rien pourquoi je n'arrivais plus à contrôler mon corps et je sentais en moi toute cette rage destructrice. Marie était revenue essayait de me calmer, rien n'y faisait. Je me débattais intérieurement pour reprendre le contrôle. Au bout de plusieurs minutes j'y arrivais enfin et éclatais en sanglots bruyants que je n'essayais même pas de contenir. Les gens autour semblaient complètement désemparés et devaient me prendre pour une folle avec mes yeux écarquillés dégoulinants de larmes. Christophe et Marie tentaient de m'apaiser, j'étais totalement perdue, effrayée. Que venait-il de m'arriver ? J'avais perdu complètement le contrôle de moi-même j'étais devenue quelqu'un d'autre, quelqu'un que je ne connaissais pas et qui était complètement différent de moi.